Longévité et développement durable
Si les habitants de notre planète vivent beaucoup plus longtemps, comment celle-ci fera-t-elle pour subvenir à tous leurs besoins ?
Pour répondre à cette question, il faut comme pour d’autres sujets raisonner en terme de développement durable. Il est évident que si nous ne disposions que des seules ressources non renouvelables, comme les énergies fossiles, notre terre ne pourrait répondre aux besoins d’une population en expansion. Heureusement, des solutions –anciennes ou nouvelles- existent : dans le secteur de l’énergie nous savons qu’il est possible de diversifier les sources grâce à l’hydroélectrique, au solaire, à l’éolien, à la biomasse, à la géothermie… tous moyens qui sont inépuisables et permettront d’éclairer, de chauffer ou de faire fonctionner les usines et les appareils électroménagers sans limite théorique, si ce n’est celle des emprises au sol.
Justement, la surface de la planète n’est pas infinie. Certes, mais elle est loin d’être complètement utilisée, et surtout de l’être de façon optimale. Actuellement, la terre compte en moyenne 49 habitants au km2, mais avec de très importantes disparités entre les pays : la densité de population de Singapour est de 6 389 habitants/km2 alors que celle de l’Australie n’est que de 3 habitants/km2. La France compte quant à elle 112 habitants/km2. La flagrante inégalité entre les zones urbanisées et les régions rurales du monde montre aussi qu’une importante marge de manoeuvre existe. En effet les femmes et les hommes tendent de plus en plus à être regroupés dans de vastes mégalopoles, laissant quasiment vides de vastes espaces, ce qui est souvent un fait économique plus que le choix des individus.
Que l’on songe aux villages dépeuplés ou à la progression des friches voire des déserts dans certaines parties du monde : en valorisant et en repeuplant ces espaces, on permettrait à la fois d’accueillir une partie de la population et d’améliorer la qualité de vie.
Mais une meilleure utilisation de l’espace suffira-t-elle à nourrir une vaste population de jeunes et de moins jeunes ? Depuis des décennies, la productivité agricole dans les pays développés a augmentée, parfois au point de ne savoir faire de certains surplus. Dans la seconde moitié du 20e siècle, la population mondiale a été multipliée par 2,4 et la production agricole alimentaire par 2,6, mais avec d’énormes disparités géographiques. On estime ainsi que le rapport entre la productivité agricole des pays du sud et celle des pays du nord est de 1 à 500. Il existe donc une marge de progression significative qui permettrait de nourrir correctement tous les habitants de la planète, pour peu qu’on s’en donne les moyens en aidant les pays de l’hémisphère sud.
On objectera que la productivité a augmenté grâce aux engrais chimiques ; c’est en partie vrai mais aujourd’hui, les progrès de l’agronomie permettent de réduire les apports de ces substances, dont la composition évolue, à défaut de n’employer que des engrais biologiques ; les nouvelles techniques aident par exemple à identifier précisément les zones d’un champ qui ont besoin d’engrais et celles qui en ont moins besoin, permettant ainsi d’en limiter les quantités. Il ne faut pas oublier non plus le rôle primordial de la sélection des plantes qui a également permis d’augmenter considérablement les rendements ou celui de la mécanisation.
Quant à la question de l’eau, indispensable à la vie, et qui est, faut-il le rappeler, une ressource renouvelable, elle se pose en terme de qualité et de répartition plus que de quantité. Les procédés d’adduction et de traitement de l’eau ont progressé (de nouvelles techniques, moins coûteuses, ont même été mises au point pour la désalinisation de l’eau de mer), et en Occident le consommateur comme les industries ont les moyens et souvent la volonté de réduire leur consommation d’eau. Comme pour l’agriculture ou les transferts de technologies, des solutions existent donc qui passent par un co-développement mené de manière volontariste et lui aussi durable.
Mais la terre suffira-t-elle à loger une population en augmentation constante ? Dans beaucoup d’espèces animales, une régulation s’effectue automatiquement : lorsque le nombre d’individus s’accroît, la population tend naturellement à se stabiliser à terme.
Un phénomène démographique comparable -toute proportions gardées- commence à être observé dans les populations humaines, du fait de la baisse du taux de natalité. On sait maintenant que la population mondiale augmentera moins qu’on ne l’imaginait il y a quelques décennies. Vers 1980, on pensait généralement que la population mondiale se stabiliserait entre 12 et 15 milliards au XXIe siècle. En fait, le taux d’accroissement de la population mondiale diminue régulièrement depuis une trentaine d’années : l’augmentation est passée de plus de 2 % par an dans les années 1960 à 1,2 % aujourd’hui et devrait être de seulement 0,34 % en 2050, selon l’ONU. Par conséquent, le nombre d’habitants de la planète devrait se stabiliser autour de 9 milliards dans la seconde moitié du siècle.
Certains s’imaginent déjà un monde peuplé de vieillards inactifs ; c’est oublier que l’image et la condition physique des personnes âgées a profondément évoluée depuis environ un demi-siècle et que cette évolution peut se poursuivre grâce aux progrès scientifiques si l’on s’en donne les moyens en amplifiant les recherches sur les mécanismes du vieillissement. Dès lors, l’enjeu sera de maintenir en bonne santé les personnes les plus âgées afin qu’elles continuent de tenir d’une manière ou d’une autre un rôle actif dans nos société. Même lorsqu’elles n’occupent plus d’emploi rémunéré, elles peuvent en effet avoir une fonction économique et sociale en tant que consommateurs, contribuables, en aidant leur famille ou en participant à la vie associative.
Comme l’ont indiqué des experts réunis à l’UNESCO en mai dernier dans le cadre des " Entretiens du XXIe siècle ", le vieillissement de la population ne doit pas être craint, mais considéré comme une évolution positive, à condition de d’y adapter et de s’y préparer.
La longévité a donc bien des liens avec le développement durable : le fait que la durée de vie augmente n’est sans doute pas étranger à la prise de conscience favorable à la préservation de l’environnement. Il est plus difficile d’être indifférent aux effets de la pollution dans quelques décennies lorsque l’on sait qu’on a de fortes probabilités d’y assister. Si les êtres humains vivent beaucoup plus longtemps, il deviendra incontournable d’être attentif au devenir à long terme de la planète, pour une longévité durable…